
Autosuffisance énergétique, hydrique et alimentaire :
est-ce vraiment possible ?
Autonomie et résilience en Base Autonome Durable (B.A.D.)
Dans le milieu de la résilience et de l’autonomie, l’idée d’autosuffisance énergétique, hydrique et alimentaire en Base Autonome Durable (B.A.D.) revient souvent. Mais derrière le fantasme d’une vie confortable, abondante et détachée du système, la réalité est beaucoup plus nuancée.
Pour savoir jusqu’où l’on peut aller, il faut d’abord définir ce que l’on entend par autosuffisance. On peut la découper en quatre grands axes :
- Le degré de confort recherché et la couverture réelle des besoins.
- Les intrants et pièces de rechange nécessaires au maintien des systèmes.
- Le temps de travail indispensable pour les faire fonctionner.
- L’investissement financier à engager pour créer et faire vivre une B.A.D.
Si vous disposez déjà d’une maison, d’une ferme ou d’un terrain et que vous voulez savoir jusqu’où vous pouvez aller sur ces quatre axes, nous proposons une expertise Base Autonome Durable sur site : diagnostic complet de votre propriété et plan d’action personnalisé.
1. Quel niveau d’autosuffisance vise t-on vraiment ?
Sur le plan technique, il est aujourd’hui courant pour les propriétaires de B.A.D. d’atteindre une grande autonomie électrique et hydrique grâce à :
- un système de production photovoltaïque dimensionné correctement,
- un parc de batteries en autoconsommation,
- une ou plusieurs cuves de récupération d’eau de pluie,
- et/ou un puits ou une source alimentant l’habitat via une pompe, un ballon surpresseur et un groupe de filtration.
Ce volet “confort moderne” (lumière, eau courante, douche chaude, électroménager minimal) est aujourd’hui maîtrisable, même dans une approche bunker ou maison enterrée, à condition de bien concevoir les systèmes dès le départ.
En revanche, l’autonomie alimentaire est de loin la partie la plus complexe à atteindre.
2. Autosuffisance alimentaire : le vrai talon d’Achille
Produire des œufs, un peu de viande (petit bétail, volailles), des légumes et des fruits est relativement accessible. Une B.A.D. bien organisée peut ainsi :
- couvrir une partie non négligeable des besoins,
- éviter la famine en cas d’effondrement grave,
- redonner du plaisir et de la variété alimentaire aux belles saisons (été, automne).
Mais il est quasi impossible pour une famille de produire l’équivalent d’un “caddie moyen” en continu, toute l’année, surtout sans mécanisation lourde.
La véritable difficulté vient des céréales (blé, maïs, etc.) :
- Il faut au minimum un hectare de terre dédié pour couvrir les besoins annuels d’une famille de 6 personnes.
- Semer, récolter, sécher, stocker et transformer ces céréales demande du matériel, du temps, et beaucoup d’énergie.
- Sans engins thermiques, faire tout cela en “low-tech” est extrêmement éprouvant physiquement : on se rapproche vite de travaux de bagnard.
En pratique, la production satisfaisante de céréales est un écueil rarement surmonté par les propriétaires de B.A.D. La plupart finissent par accepter une forme de dépendance partielle au système pour ce volet là, ou par faire des échanges avec d’autres producteurs.
3. Les intrants : ce que l’autosuffisance ne produit pas
Les intrants nécessaires à la préservation des systèmes sont légion.
Pour l’autonomie électrique et hydrique, il faut prévoir :
- des pièces de rechange (pompes, joints, filtres, cartes électroniques, ventilateurs, fusibles, relais, etc.),
- des back-ups ou redondances pour les éléments critiques,
- un stockage correct (même du neuf emballé se dégrade avec le temps).
Le second œuvre de vos bâtiments aura lui aussi besoin de maintenance à moyen terme :
- robinets, disjoncteurs, flexibles, poignées,
- peintures, tuiles, menuiseries…
Vos équipements personnels sont eux aussi dépendants d’intrants à court ou moyen terme :
- vêtements, sous-vêtements, chaussures,
- lunettes, brosses à dents, produits d’hygiène, etc.
Côté production alimentaire, la dépendance aux intrants est tout aussi forte :
- céréales pour les volailles,
- fourrage pour le bétail,
- gasoil pour les engins agricoles,
- pièces de rechange pour le matériel de culture, de transformation et de stockage.
Même la B.A.D. la mieux pensée reste donc structurellement connectée à l’extérieur via ces intrants, surtout sur le long terme.
4. Le temps de travail : la fin du mythe de l’oisiveté
L’image parfois véhiculée d’une vie d’abondance, de confort et d’oisiveté dans une Base Autonome Durable est simplement erronée.
Retrouver de la souveraineté et de la résilience signifie :
- acquérir des compétences,
- répéter les gestes,
- persévérer et accepter une part d’abnégation.
Vous ne gagnez en souveraineté que les services que vous arrêtez d’acheter à ceux qui les vendent. En clair : tout ce que vous ne déléguez plus, c’est vous qui le faites.
Vous devrez connaître vos systèmes et savoir intervenir dessus :
- un onduleur qui se met en défaut,
- un BMS qui met la batterie en sécurité,
- un disjoncteur à changer,
- l’entretien d’un chauffe-eau thermodynamique,
- la vidange et la réparation d’un groupe électrogène,
- l’abattage propre et l’éviscération d’un animal, puis le conditionnement de la viande, etc.
Les compétences acquises au fil des années semblent infinies.
Être son propre maçon, plombier, électricien, mécanicien, maraîcher, éleveur… prend un temps considérable, en plus du temps professionnel souvent nécessaire pour continuer à financer :
- les intrants,
- les impôts,
- et les activités sociales qui vous relient au reste de la société.
Vivre dans une Base Autonome Durable confortable n’est pas compatible avec un tempérament oisif.
5. L’investissement financier : un facteur déterminant
La qualité de vie, le niveau de confort et le degré d’autonomie que vous pouvez atteindre dépendent directement de votre investissement initial.
On ne parle pas du même projet lorsque :
- on autonomise une ferme rénovée avec 200 000 à 300 000 € (ou plus) d’épargne disponible,
- ou lorsqu’on vit dans une caravane à côté d’une ruine avec les minima sociaux pour seul revenu.
Pour éviter de s’imposer à soi et à sa famille une vie infernale, il est préférable de :
- orienter sa carrière professionnelle en vue de ce projet,
- préserver ses revenus,
- et viser l’acquisition d’un domaine adapté à la création d’une B.A.D. (ou d’un bunker habitable bien conçu).
Les paysans français du début du XXᵉ siècle sont un très bon exemple de gens ayant atteint un haut degré d’autonomie et de résilience. Avec les technologies du XXIᵉ siècle, ce mode de vie peut être nettement plus confortable, mais le ticket d’entrée reste élevé.
6. L’autosuffisance réelle passe par la collectivité (mais pas par le collectivisme)
L’autonomie totale en vase clos est un mythe. Sur le long terme, la vraie résilience passe par :
- la complémentarité des productions,
- les échanges,
- la coopération locale.
Quelques exemples :
- Vous produisez des céréales dans votre B.A.D. ou votre ferme : vous les échangez contre de la viande produite ailleurs.
- Vous troquez une part de votre production contre des services (réparations, soins, transport, etc.).
- Vous mutualisez certains investissements (outils coûteux, engins, ateliers).
L’autonomie durable repose sur la montée en puissance des échanges et des collaborations en milieu rural ou péri-rural.
Le collectivisme, en revanche, est souvent pollué par le parasitisme, les jalousies, les conflits de valeurs. Sur le long terme, seuls les liens claniques ou familiaux solides permettent d’absorber ce type de tensions.
Conclusion
Une Base Autonome Durable – qu’il s’agisse d’une ferme, d’un domaine rural ou même d’un bunker privé conçu pour l’habitat – offre un formidable “tampon” en cas de crise ou de “collapse” :
- Elle permet de gagner du temps pour s’adapter.
- Elle offre un confort minimal et une sécurité alimentaire de base.
- Elle permet de glisser progressivement vers un mode de vie plus low-tech si l’effondrement s’installe dans la durée.
Mais une autosuffisance vraiment totale, coupée de tout intrant et de tout échange, n’existe pas dans la durée.
Ce que permet une B.A.D., en revanche, c’est de devenir – dans le meilleur des cas – le serviteur volontaire de votre propre vision du paradis terrestre, plutôt que l’esclave impuissant d’un système qui vous échappe.
Pour aller plus loin…
Si vous voulez passer de la réflexion à un projet concret d’autosuffisance énergétique, hydrique et alimentaire, nous pouvons vous accompagner. Notre expert se déplace chez vous pour analyser votre terrain, votre bâti, vos systèmes existants et vous proposer un plan d’action personnalisé pour transformer votre propriété en Base Autonome Durable.

Mot de l’auteur
« Le potentiel de survie est une trajectoire : des capacités au service d’une volonté forgée par l’épreuve. »
— Vivian LASJUNIES, fondateur de NOAH Résilience, ancien militaire, spécialiste des abris sécurisés NRBC et expert en sécurité & résilience.